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ACTUALITÉS

LETTRE AUX CANDIDATS A LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

L’AFFOP et le SNPPsy ont écrit aux candidats à l’élection présidentielle, adhérents aux valeurs de la République.

L’AFFOP et le SNPPsy ont écrit aux candidats à l’élection présidentielle, adhérents aux valeurs de la République (François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon)afin de souligner le danger pour le public que représente d’ignorer dans la législation les psychopraticiens relationnels,  malgré leur reconnaissance sociale et professionnelle  depuis plus de  trente ans.

L’AFFOP et le SNPPsy ont tenu à les informer de l’exigence et de la légitimité de nos critères professionnels (travail sur soi du praticien ; nécessité de la formation par la transmission par les professionnels en plus des savoirs théoriques) différents de ceux des psychothérapeutes prescriptifs.

 

Alors que cette surprenante campagne présidentielle aboutit à une réorganisation majeure des processus de décision politique en France, il est plus que jamais nécessaire de manifester notre existence et d’œuvrer pour obtenir un changement de la législation issue d’une partie puissante et conservatrice du monde de la Santé mentale (médecine, psychologie et université), afin de ne pas être relégué « hors du cadre réglementaire ».

 

Jean-Michel FOURCADE, président

Psychothérapeutes belges, salut et confraternité !

par Philippe Grauer

Et s'il n'en reste qu'un nous serons celui-là

On vous le disait ici même il y a peu, le chant du cygne de JP Lebrun a marqué l'agonie de la profession libre de psychothérapeute en Belgique. Que va-t-il rester en France et en Europe (je parle de l'Europe des peuples, de l'Europe sociale toujours attendue) comme plate-forme de soutien de notre profession ? Il restera nous ! et ça n'est pas rien, sachant que les intéressés, nos patients, obstinément, continuent de s'adresser à nous, secteur de dernier recours de la parole libre et de la relation qui soigne. Le système de la médicalisation de l'existence jamais ne pourra dissoudre la psychothérapie relationnelle.

Vous et moi souvenons-nous en.

Nous avons fait des clairs de lune

Chante le poète, oui, la médecine organiciste a fait des miracles. Les clairs de lune n'abolissent pas le soleil. Les progrès de la médecine scientifique ne constituent nullement une raison pour entreprendre de nous éradiquer. Science n'est pas scientisme. L'homme ne vit pas seulement de science mais de parole.

Profession de santé non médicale

Qu'importe à présent qu'on nous tue, poursuit Aragon. Il importe si bien que, increvables, nous sommes décidés à vivre et faire vivre notre psychothérapie à visage humain, irremplaçable. Au plus vif de notre métier, de nos valeurs, de notre savoir faire-être, de nos organisations historiques responsables, il importe si bien que la médecine jamais n'aura notre peau. Aucun Round up ne saura venir à bout du chiendent que nous sommes au bord des chemins de la vie, et entendons demeurer mordicus, consolidateurs du terrain et tissu social, agents d'une profession de santé non médicale, plus que jamais alternatifs, obstinés comme la vie même, plus que jamais indispensables, combatifs, incontournables, déterminés.

Pour une politique de santé pluraliste et humaniste

La psychothérapie belge a perdu une bataille, la guerre contre un totalitarisme néolibéral, contre le biopouvoir tôt discerné par Foucault, contre l'arrogance d'une profession corporatiste mange-tout, contre l'idéologie du conformisme hégémonique d'une médecine organiciste positiviste (la religion de la science reste une religion), contre l'intolérance, la lutte pour la psychodiversité, se poursuit, et nous la mènerons jusqu'à son issue démocratique. En ces temps difficiles il est de notre devoir d'annoncer notre irrésistible victoire finale (oui je sais, finale peut-être mais non définitive). Cela nous coûtera et constitue un lourd dommage pour la santé publique qu'on prétend protéger, pour notre profession, pour ceux pour qui elle constitue un précieux recours. Nous organiserons la nécessaire Résistance, qui correspond aux intérêts d'une politique de santé humaniste, au service du public.

Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent

Pour finir comme a commencé cet article avec Victor Hugo, n'oublions pas que ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent. La pugnacité pour un système de valeurs juste en matière de santé mentale publique, pour la liberté de choix de son psychothérapeute, sécurisée par les organisations historiques responsables de chaque pays, pour limiter l'hyper médicalisation de l'existence, c'est comme diraient nos arrogants médecins confiscateurs, très bon pour la santé.

LETTRE AU PRESIDENT ET AU CA DE LA FF2P

AFFOP - PSY'G - SNPPSY

Vous trouverez ci-dessous la lettre ouverte adressée par l'AFFOP, le PSY'G et le SNPPSY au Président et au Conseil d'Administration de la FF2P.

ADRESSE AUX PSYCHOPRATICIENS DU 4 NOVEMBRE 2015

AFFOP - PSY'G - SNPPSY

Vous trouverez ci-dessous l'adresse envoyé aux psychopratIciens du 4 Novembre 2015.

FREUD ET LA PSYCHOTHERAPIE RELATIONNELLE

par Marcelle MAUGIN

                     Freud et la psychothérapie relationnelle
 
Le dernier livre d'Elisabeth Roudinesco : Freud en son temps et dans le nôtre vient de paraître aux éditions du Seuil. On peut dire de lui ce qu’a dit Henri Ey lors de la parution du fameux livre d’Ellenberger[1] sur la découverte de l’inconscient : «  voilà une œuvre qui ajoute à notre savoir » …et même à notre savoir être !
 
Lisez-le sans modération.
 
Un bon nombre de psychopraticiens relationnels s’apparentent à la catégorie des « Ni-ni » : ni psychiatres, ni psychologues, ni psychanalystes. Moins formatés par l’académie, ils ont souvent de Freud une connaissance limitée aux principaux concepts, à la lecture des  textes les plus connus tout en partageant par ailleurs quantité de croyances subliminales issues de la psychanalyse, communes à tous les occidentaux nés après le début du XXème siècle. Des croyances d’autant moins questionnées qu’elles sont implicites ou devenues banales, telles que: nos rapports avec nos géniteurs ont marqué définitivement notre personnalité, nos lapsus et nos rêves sont pleins de sens cachés, nos choix amoureux sont déterminés par des mobiles inconscients etc. etc.
Si les psychopraticiens ne connaissent Freud qu’approximativement c’est qu’ils se sont davantage tournés vers les pionniers de la psychothérapie humaniste. Ils se sont généralement formés à l’une ou l’autre ou plusieurs de ce qu’il est convenu d’appeler les « nouvelles approches », autant dire d’autres façons de penser et de pratiquer la psychothérapie, dans la mouvance de la philosophie existentielle. De nouveaux courants de pensée ont fait école depuis les premiers engouements pour le freudisme. Nombre d’entre eux avaient pour fondateurs des dissidents du freudisme insistant souvent sur leurs divergences théoriques et techniques avec le maître de Vienne: Jung, Reich, Perls, Rogers, Berne, Janov etc…d’autres acteurs ont  déployé leur créativité en explorant des champs élargis : la sociologie, la psychiatrie, l’ethnopsychiatrie...
 Si vous faites partie de ces psychopraticiens qui se revendiquent relationnels, de ces ex-psychothérapeutes marginalisés (et déconsidérés) par les dernières dispositions légales, mais néanmoins fiers de l’être et passionnés par votre métier, raison de plus pour lire le livre d’Elisabeth Roudinesco : non seulement il vous rafraîchira la mémoire, vous fera voyager, mais surtout il vous offrira une magnifique occasion de revisiter et de revaloriser votre propre pratique.
En le lisant- il se lit facilement et agréablement- on a le sentiment de faire trois rencontres intéressantes: avec Elisabeth Roudinesco, avec Sigmund Freud et avec nous-mêmes.
 
L’auteure :
 
Psychanalyste, Elisabeth Roudinesco se revendique historienne dans l’esprit complexe et décloisonnant de l’Ecole des Annales. Elle se veut partisane d’une historiographie savante, d’un éclairage interne et externe, à distance d’un freudisme rigide comme d’un lacanisme qualifié d’anhistorique. Elle tient avant tout à situer sa biographie de Freud dans le décor naturel de son siècle, y intégrant toutes les données dont elle dispose comme historienne : sociales, culturelles, économiques, politiques, cherchant à immerger l’homme et l’œuvre dans le temps et dans l’histoire. Freud n’est pas un génie né de nulle part, son œuvre n’est pas une nouveauté absolue comme certains ont voulu le laisser croire. Sa  pensée s’enracine dans l’air du temps, fait feu de tout bois, récupère des idées à droite à gauche, avance dans le noir, chemine sur des sentiers pleins d’embûches, bifurque, se trompe de route, se renie, s’auto-justifie en permanence, toujours avide de créer du nouveau. Est-ce pour autant « de l’or » ? Peu nous importe : cette pensée éveille…d’autres pensées, d’autres mouvements, chacun s’en empare (ses disciples, les artistes, les philosophes, les médecins, ses patients), s’en nourrit, en fait son propre miel. Pas question de Vérité, parfois pas même de vrai, mais toujours une recherche de sens, porteuse de vie meilleure.
Chemin faisant Elisabeth Roudinesco parle aussi d’elle malgré elle. Soucieuse de préciser ses sources jusqu’à l’obsession, elle s’efforce de distinguer soigneusement les faits des hypothèses. Mais derrière l’objectivité apparente – et loin de lui en faire reproche comme l’ont fait ses ennemis attitrés[2] - on rencontre aussi sa subjectivité : son goût des adjectifs pompeux, sa compréhension subtile du rapport de Freud à sa judéité, ses préférences parmi les disciples du grand homme, ses excès de bienveillance, son féminisme assumé. Elle se montre sans pitié à l’égard de Jones et de Mélanie Klein, bien plus sévère avec Jung que son confrère H.F Ellenberger[3], injuste envers Breuer etc., mais tant mieux ! La neutralité absolue étant ennuyeuse et peu crédible[4], derrière l’application et la rigueur, sa personnalité transparaît et donne chair à la froideur des faits bruts. On découvre un Freud saisi au vif, on se régale des détails et des anecdotes, on se soûle des récits de vie d’innombrables personnages collatéraux. Des images se forment, un monde grouillant surgit coloré à la sauce du lecteur qui se fait lui-même son roman. On apprend aussi un tas de choses nouvelles grâce à ses recherches obstinées . C’est riche, ample, instructif : on mourra moins idiot c’est certain.

Elle nous permet surtout d’approcher d’aussi près que possible, derrière le personnage, la véritable personne de Freud : sympathique, détestable, vivante. Nous redécouvrons avec elle combien les esprits créateurs comme lui sont indissolublement tributaires de leur milieu social, de leurs maîtres, de leur entourage, de leurs collègues, de leurs patients et même de leurs ennemis. Combien la psychanalyse elle-même fut une production de groupe ! Elle cible sans pitié ni complaisance les défauts et les travers du grand homme. Un Freud bien réel prend corps peu à peu, ambivalent comme tout être humain, contradictoire, complexe, en permanente évolution. Sa description décape la mythologie dorée ou noire dont nous ont abreuvé les médias : ni idéalisation, ni Freud bashing. Elle remet comme diraient les québécois « l’église au milieu du village » ! la figure du patriarche émerge du tableau comme celle d’un homme incarné, dont a vraiment l’impression en fermant le livre de l’avoir réellement connu sans jamais pour autant en avoir totalement fait le tour.
 
Sigmund Freud
Sous la plume d’Elisabeth nous rencontrons un pur produit de la culture viennoise cultivé et raffiné, typique de sa génération. Juif émancipé athée (mais ne reniant pas ses racines) Freud se révèle conservateur, laïc, bon père de famille, puritain, monogame[5]. Il a les gestes et les manières de sa classe. C’est un travailleur acharné, insatiablement curieux, un infatigable démineur de la vie intime des hommes. Toujours enclin à échafauder des théories il cherche constamment (désespérément ?) à « faire science », son passage du microscope au divan a laissé des traces. Par dessus tout il raconte des histoires  avec talent, quitte à rendre crédibles des situations habilement arrangées. Qu’importe, elles en sont d’autant plus convaincantes et viennent à point nommé renforcer ses hypothèses et ses constructions théoriques, des mythologies savantes qui souvent précèdent et parfois biaisent l’expérience. S’il recycle beaucoup d’idées qui sont déjà dans l’air du temps, il les pousse aussi loin que possible et sait le faire de façon novatrice et séduisante.
Il est plein de petits défauts : indiscret, rancunier, tyrannique, cassant, parano…et de gros préjugés (anti-américain, attaché aux régimes monarchiques, traditionnaliste, dénué de sens politique jusqu’à mettre en péril son existence[6]…). Il s’emballe pour des gens peu recommandables, se laisse séduire puis jette ses meilleurs amis. Il est capable de tricher ou de faire carrément fausse route[7]. Ses travers mêmes nous le rendent proche : comme nous il a des enfants problématiques, un corps souffrant, comme nous il est porteur d’ambivalence et de dichotomies : admirateur des femmes modernes et machiste à la maison, honnête et manipulateur, apôtre de la raison et attiré par l’occulte,  autoritaire et contestataire, démocrate et autoritaire, rebelle bien ordonné, libéral à l’ancienne.
 
Et les psychopraticiens relationnels dans tout ça ?
 
Nous devons le reconnaître : Freud est avant tout un praticien de la relation. Dans une époque ou prévalent en psychiatrie l’approche nosographique, les descriptions froides et les observations objectivantes, il s’intéresse au malade plutôt qu’à la maladie. Il s’éloigne délibérément du nihilisme thérapeutique[8] des mandarins de son temps. Il s’écarte des sciences du comportement en redonnant un contenu existentiel aux conduites humaines. Il apprend à écouter ses patients, ce qui subvertit la façon traditionnelle d’en parler : « Elle me raconte… » peut-t-il commencer à dire, tout en plongeant dans le concret des vies. Loin des nomenclatures et des étiquetages, nous sommes passés du regard distancié de l’expert à l’écoute, nous sommes entrés dans la psychothérapie moderne.
Cerné par les débordements des patientes qui lui sautaient au cou ou voulaient se déshabiller dans son cabinet, par les analysants qui l’insultaient ou le vénéraient avec excès, il  a dû se remettre en question, il a entrepris de mieux se connaître en pratiquant son auto-analyse. Il a su identifier et nommer les ruses du transfert et du contre-transfert. Il nous a surtout invités au  travail sur nous-mêmes. En quittant la médicalisation, en prenant le risque du rapport à l’autre, il a prolongé l’expérimentation des magnétiseurs et des hypnotiseurs qui l’ont précédé et compris la psychothérapie comme la rencontre de deux subjectivités. Il a formalisé une clinique de la relation  dont nous pouvons nous reconnaître fièrement les héritiers.
Partant des obstacles rencontrés et des échecs de ses traitements (résistances, compulsion de répétition, complexité du féminin, angoisse existentielle) il ouvre sans cesse de nouveaux chantiers. S’il a parfois donné l’impression de faire entrer ses patients dans ses interprétations comme le bateau dans la bouteille, il a su avantageusement profiter de leurs intuitions de co-chercheurs[9] et les conceptualiser. Nul n’est tenu d’adopter sa mythologie familialiste ni de considérer ses cures comme des modèles canoniques, libre à nous d’ajouter à notre lecture les langages du corps, mais on ne peut plus désormais négliger le rôle central de la relation thérapeute/patient dans le cheminement thérapeutique et sa contribution essentielle au changement.
Au fil de son expérience, de ses convenances et de ses constats, il a su constamment  modifier et adapter sa technique : de l’hypnose avec ou sans toucher à la déambulation, de la déambulation au divan, de la conversation à la réserve, de l’enquête à l’attention flottante, la plupart du temps à rebours des habitudes et des méthodes préexistantes. Aujourd’hui cette liberté de choisir et de faire évoluer une méthode nous semble plus précieuse que jamais. Quand au dispositif analytique, dogmatisé par certains, sujet à modulation pour d’autres, qu’on l’adopte ou pas, nous ne devons pas oublier qu’il demeurait par dessus tout au service de la recherche d’une qualité de relation qu’aucun dispositif matériel, aucune attitude prescrite, ne garantiront jamais. Une praxis qui exigera désormais du thérapeute une mise à l’épreuve personnelle, irréductible à l’institutionnalisation et ne pouvant se développer et s’évaluer qu’en dehors des cadres strictement académiques.
Comment ne pas redécouvrir chez Freud bon nombre de principes qui nous tiennent aujourd’hui à cœur ! Investi et impliqué dans sa pratique, rejetant la neutralité (loin de la froideur revendiquée de certains de ses adeptes), comme nous il s’est retrouvé accusé par certains de charlatanisme. Comme lui nous nous efforçons de démédicaliser la souffrance en valorisant le passage obligé par la relation. Comme lui nous sommes prêts à prendre le risque de penser librement, sans souci des étiquetages, sans nous enfermer dans des dogmes ; prêts à nous fier à nos intuitions et à notre imaginaire plutôt que de nous repérer sur des cartes préconstruites. Et parfois même à faire école ! Comme lui nous voulons pouvoir élaborer des hypothèses nouvelles quitte à nous éloigner de la doxa des disciplines établies. Nous voulons nous sentir libres de déconstruire et d’innover, loin des contraintes de la mesure et du scientisme ; rester audacieux et humbles à la fois[10], comprenant notre travail comme une lutte avec l’Ange tout en sachant que « boiter n’est pas péché »[11]. Comme lui nous pouvons nous laisser guider par ceux qui en savent le plus sur eux-mêmes : nos patients[12], quitte à soutenir l’épreuve de l’inconnu, de l’échec ou de l’impuissance ; à toujours continuer à essayer de les comprendre, à demeurer des apprentis et des chercheurs infatigables de l’humain.
 
 
 
Marcelle Maugin,  29 novembre 2014
[1] Histoire de la découverte de l’inconscient.
[2] Juste pour l’exemple cf. l’article rageur de Nathalie Jaudel dans Marianne « Un biographe doit toujours contrôler sa subjectivité », octobre 2014.
[3] En particulier sur l’adhésion de Jung aux thèses  antisémites.
[4] Ellenberger : « Un historien s’il doit restituer scrupuleusement ce qui a été et non ce qui aurait pu être ne peut éviter de mêler à cette part objective de la reconstruction historique une sensibilité subjective liée à des attaches familiales » (1994).
[5] Jung en reste incrédule et Anna de Noailles s’en scandalise !
[6] Il quittera l’Autriche nazifiée in extremis poussé par ses amis plus clairvoyants.
[7] Cf. son analyse de léonard de Vinci
[8] La recherche désespérante de l’objectivité qui sévit également chez beaucoup de  nos contemporains
[9] L’association libre ou  « ramonage de cheminée » (Bertha Pappenheim, Elizabeth von R.), la règle d’abstinence : « Restez tranquile. Ne me parlez pas… ne me touchez pas»  (Fanny Moser), lui ont été suggérés par ses patientes.
[10] « Jamais aucune théorie fut-elle la plus rationaliste et la plus logique n’est indemne de l’irrationalisme auquel elle prétend échapper » Freud.
[11] Freud : « …j’ai prié l’Ange de renoncer, ce qu’il a fait depuis. Je n’ai pas eu le dessus et maintenant je boîte nettement. J’ai bel et bien quarante-quatre ans et je suis un vieux juif miséreux », Cité par E. Roudinesco.
[12] Ce sont nos patients plus que nos études qui nous rendent intelligents !

 

ALLO CHARLIE, ICI LES PSYS

Philippe GRAUER

le rire, outil psychothérapique fondamental

L’islamo fascisme vient de frapper la République. Sans rire ou en riant, maintenons que le droit de rire est imprescriptible. Il suffit de jeter un œil sur la physionomie des assassinés pour repérer qu’elle est spontanément disposée à rire. Demeurons solidaires de cette ouverture libératrice. Nous autres psychopraticiens relationnels, et plus généralement l’ensemble des psys, savons depuis Freud et Le mot d’esprit que l’humour, un des leviers fondamentaux de la compréhension des mécanismes de l’inconscient et de la cathartique décharge émotionnelle, représente un outil psychothérapique universel, en même temps qu’un principe civilisateur essentiel.

Illimité sinon rien

Rire c’est revendiquer le droit de rire de tout. À partir du moment où la secte des Pince sans rire comme les appelait Pierre Dac déclare la guerre aux rieurs et aux faiseurs de rire on entre dans le monde d’Ubu, et ça n’est pas au pays de Rabelais, de Voltaire, de Jarry et de l’invention de la laïcité qu’il faut venir donner des leçons de savoir-vivre "religieux".

respect de l’autre, pas des systèmes

La liberté d’expression est non fragmentable, l’arrêter en un point c’est la limiter et abolir toute entière. Le respect de l’autre est parfaitement compatible avec, même sous-tendu par le salubre irrespect des idéologies, des religions, des dogmatismes, des philosophies.

islamo-fascisme

N’avoir que la kalache [1] comme argument contre l’esprit révèle une profonde misère. Cette misère armée totalitaire porte un nom, le fascisme. Dommage qu’il faille l’appeler par son nom d’islamo-fascisme, au risque de compromettre les musulmans, qu’il menace en tout premier lieu. Mais ça n’est pas la première fois que le fascisme se revêt de l’apparence d’une grande religion, la franquisme l’avait fait avec le Christ-roi, qui n’était à l’époque que la caricature, puisqu’ici il s’agit d’elle, celle du Christ en Christ roi des cons crieurs de viva la muerte, nos nouveaux fascistes n’ont rien inventé.

jamais été aussi libres

Pour reprendre le propos de Sartre, voici qu’à nouveau les français n’auront jamais été aussi libres, qu’au lendemain de ce 7 janvier qui prend l’allure d’un 11 septembre national. Libres d’aimer la liberté, de la dire, de la vivre, quelles que soient les menaces. Libres de choisir au risque de leur vie de rester solidaires de Charlie hebdo et de sa sympathique joyeuse bande respectant non le fanatisme mais les plus hautes valeurs.

psychothérapie et démocratie

Celles sans lesquelles la psychothérapie – en tout cas la relationnelle, devient dans l’instant impossible. La démocratie lui est indispensable. J’ai conduit ce soir un groupe psychothérapique où spontanément les personnes s’interrogèrent sur la condition humaine, fragile, indéfiniment coincée entre barbarie et civilisation, en nous et relativement à la dynamique de l’Histoire. J’en retire le sentiment que mon beau métier sert à quelque chose, il sert le processus d’humanisation de l’humanité. Libérateur des individus, Il est solidaire du combat pour soutenir la liberté, qui n’est jamais donnée mais au mieux transmise, à jamais précaire, qui toujours a besoin qu’on se mobilise pour elle. Et plus si affinité, nécessité ou tragédie.

temps des troubles : vigilance

On pouvait prévoir, à la façon dont des Zemmour, Houellebecq [2], et autres cavaliers seuls se sont vus ces derniers temps hyper médiatisés en chevaliers de triste figure, un effet de déstabilisation à l’issue du crime du 7 janvier. Pourtant si certaines réactions sur les réseaux sociaux ont accompagné l’horreur de leurs vœux, dans son immense majorité la nation a réagi par un réflexe de solidarité et chacun avec sa petite bougie de se demander où et comment l’afficher, la promener, la déposer en autant d’autels spontanés de l’amitié et de la solidarité qui contredisent de plein fouet le discours de la haine. Accompagnons ce mouvement, fortifions-le, prenons garde que la "montée des extrêmes" ne profite chez nous aux nouveaux discours softs des héritiers du fascisme déguisés en politiciens bleus nuit.

ELSA CAYAT, psychiatre psychanalyste

Sa chronique s’appelait Charlie Divan, notre consœur est morte sous les balles. Nous apprenons ainsi qu’une psychanalyste figure au tableau de chasse à l’humanité des assassins. Nous voici par elle professionnellement concernés par l’événement. On peut penser que c’est en tant que juive que ses meurtriers s’en sont pris à elle. Hommage à notre consœur abattue !

Manions prudemment le terme de martyr, corrompu par une façon de dire et de faire la bombe humaine coachée intégristiquement, qui le détourne de sa signification première de témoin victime de la persécution d’un idéal pour plus d’humanité.

[1] On nous rappelle que la société qui a fondé le nouveau Charlie s’appelait Éditions Kalachnikof, ça ne s’invente pas. Faites l’humour, pas la guerre.

[2] Avec sa sensibilité d’écorché vif cet artiste a le droit de s’exprimer comme il l’entend et peut à la provoc revendiquer son irresponsabilité. Personne n’est obligé, pensant lui emboîter le pas, de s’embourber. Ce à quoi nous pensons c’est à la campagne de confusion idéologico politique qui accompagna le lancement de son Soumission.